DeepComics
← Tous les articles

L'IA dans l'actualité : ce qui change pour l'info

En bref : L'intelligence artificielle intervient désormais à chaque étape de l'information : écriture, traduction, diffusion et consommation. Elle permet de gagner du temps, mais les études récentes montrent qu'elle déforme encore souvent les faits. Les médias, les régulateurs et les lecteurs apprennent à fixer des limites.

En décembre 2024, des utilisateurs d'iPhone reçoivent une notification portant le logo de la BBC. Elle annonce qu'un suspect dans une affaire de meurtre très médiatisée aux États-Unis s'est suicidé. C'est faux. Le résumé a été généré par Apple Intelligence, et non écrit par un journaliste. Après les plaintes de la BBC, Apple suspend la fonction en janvier 2025.

Cette fausse alerte résume bien la situation. L'IA ne se contente plus d'être un sujet traité par les journaux : elle intervient aussi dans la manière dont l'actualité est produite, résumée et lue. Ce changement est moins spectaculaire que les robots des films de science-fiction, mais il est beaucoup plus profond.

Comment l'IA est-elle entrée dans les rédactions ?

Le phénomène n'est pas aussi récent qu'on le pense. Dès 2014, l'agence Associated Press automatise la rédaction des comptes rendus de résultats trimestriels d'entreprises. Le principe est simple : des données chiffrées sont transformées en dépêches standardisées. L'agence peut ainsi couvrir des milliers de sociétés au lieu de quelques centaines, et ses journalistes se consacrent à l'analyse.

L'arrivée de ChatGPT, fin 2022, a changé l'échelle. Les outils génératifs savent désormais résumer, traduire, proposer des titres ou transcrire une interview en quelques secondes. Dans beaucoup de rédactions, ces tâches répétitives sont aujourd'hui confiées en partie à des machines.

Quelles tâches sont concrètement automatisées ?

  • La transcription d'entretiens et de conférences de presse, autrefois très chronophage.
  • La traduction : Le Monde publie depuis 2022 une édition en anglais dont les articles sont traduits par IA puis relus par des éditeurs humains.
  • Les formats de données : résultats sportifs, électoraux ou financiers, bulletins météo.
  • L'analyse documentaire : fouiller des milliers de pages dans des fuites de documents ou des archives publiques.
  • La personnalisation : résumés, newsletters et recommandations adaptés à chaque lecteur.

Dans la plupart des cas, l'IA fait le travail de défrichage et l'humain vérifie et décide. Quand cette répartition n'est pas respectée, les problèmes ne tardent pas.

Quand l'IA se trompe, qui en paie le prix ?

Début 2023, le site américain CNET reconnaît avoir publié des dizaines d'articles financiers écrits par une IA, avec une signature discrète. Après des vérifications externes, une large partie de ces textes doit être corrigée : erreurs de calcul, approximations, passages trop proches d'autres sources. La même année, Sports Illustrated est accusé d'avoir publié des contenus signés par de faux auteurs, dotés de photos générées.

Dans ces affaires, la perte de confiance coûte plus cher que les erreurs elles-mêmes. Un média vend de la fiabilité. S'il cache l'origine de ses contenus, il fragilise ce qui fait sa valeur.

Les assistants IA résument-ils fidèlement l'actualité ?

La BBC a mené une étude sur le sujet. En février 2025, elle publie les résultats d'un test réalisé sur quatre assistants : ChatGPT, Copilot, Gemini et Perplexity. Ses journalistes leur ont posé cent questions d'actualité en les incitant à s'appuyer sur ses articles. Selon le rapport de la BBC, 51 % des réponses présentaient des problèmes importants. Environ une réponse sur cinq qui citait la BBC introduisait des erreurs factuelles : dates, chiffres ou déclarations inexactes.

À l'automne 2025, une étude plus large coordonnée par l'Union européenne de radio-télévision (UER) et la BBC, menée avec des médias publics de nombreux pays et dans plusieurs langues, aboutit à un constat proche : 45 % des réponses comportaient au moins un problème significatif. Le plus fréquent concernait les sources, souvent absentes, mal attribuées ou trompeuses.

Un assistant IA ne lit pas l'actualité comme un journaliste. Il génère le texte le plus probable, ce qui ne garantit pas que ce texte soit exact.

Le public s'informe-t-il déjà via l'IA ?

La pratique reste minoritaire, mais elle progresse. Le Digital News Report 2025 du Reuters Institute, réalisé dans près de cinquante pays, indique que 7 % des personnes interrogées utilisent chaque semaine un chatbot pour s'informer. Chez les moins de 25 ans, la proportion monte à 15 %. C'est encore peu, mais c'est la même dynamique que celle des réseaux sociaux il y a quinze ans.

Le même institut observe une méfiance persistante. Dans ses enquêtes successives, une majorité de répondants se dit plus à l'aise avec une information produite par des humains assistés par l'IA qu'avec une information produite principalement par une machine. Le public accepte l'outil, mais il veut savoir qui tient la plume.

Pourquoi les moteurs de recherche inquiètent-ils les éditeurs ?

Depuis 2024, Google affiche dans de nombreux pays des « AI Overviews », c'est-à-dire des résumés générés en haut des résultats de recherche. L'internaute obtient sa réponse sans cliquer. Pour les éditeurs de presse, dont une part importante de l'audience vient de Google, le risque économique est évident : le contenu est utilisé, mais la visite disparaît.

Cette question du « zéro clic » est devenue l'un des grands chantiers du secteur. Elle explique en grande partie les accords et les procès en cours.

Faut-il pactiser avec les géants de l'IA ou les attaquer ?

Les médias ont choisi deux stratégies opposées, parfois en même temps.

Celle du procès. En décembre 2023, le New York Times attaque OpenAI et Microsoft pour violation du droit d'auteur. Il affirme que des millions de ses articles ont servi à entraîner leurs modèles sans autorisation ni rémunération. L'affaire est suivie de près parce qu'elle pourrait établir la valeur juridique et marchande des archives de presse.

Celle du contrat. En mars 2024, Le Monde signe un accord avec OpenAI, qui peut ainsi utiliser ses contenus et les citer dans ChatGPT en échange d'une rémunération. En janvier 2025, l'AFP conclut un partenariat avec le français Mistral AI pour fournir ses dépêches à l'assistant Le Chat. D'autres groupes, comme Axel Springer ou l'agence AP, ont signé des accords comparables.

Ces deux voies poursuivent le même objectif : faire reconnaître qu'une information fiable a un coût et que ceux qui l'utilisent doivent le payer.

Qui fixe les règles du jeu ?

La profession a commencé par s'encadrer elle-même. En novembre 2023, Reporters sans frontières publie la Charte de Paris sur l'IA et le journalisme, élaborée par une commission présidée par la prix Nobel de la paix Maria Ressa. Ses principes sont clairs : l'éthique guide les choix technologiques, la décision éditoriale reste humaine, et l'usage de l'IA doit être transparent pour le public.

De nombreuses rédactions ont ensuite publié leurs propres chartes internes. La plupart interdisent de publier un texte généré sans relecture, encadrent strictement les images synthétiques et imposent une mention lorsque l'IA a joué un rôle significatif.

Que prévoit la loi européenne ?

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle, l'AI Act, est entré en vigueur le 1er août 2024. Son application est progressive. Pour l'information, une disposition est essentielle : les obligations de transparence. Les contenus générés ou manipulés par IA, en particulier les hypertrucages (deepfakes), devront être signalés comme tels. Les textes générés et publiés pour informer le public sur des sujets d'intérêt général sont également concernés, sauf s'ils ont fait l'objet d'un contrôle éditorial humain.

Cette exception est intéressante : le législateur considère que la responsabilité éditoriale humaine reste la meilleure garantie.

Les deepfakes menacent-ils vraiment l'information ?

Les images et les voix synthétiques sont devenues un outil courant de désinformation. Ces dernières années, de faux enregistrements audio de responsables politiques ont circulé à l'approche de plusieurs élections, notamment en Slovaquie en 2023. Des fausses images d'événements, d'explosions ou d'arrestations, sont aussi devenues virales avant d'être démenties.

Le danger est double. Il y a d'abord le faux qui passe pour vrai. Il y a ensuite le vrai qu'on peut désormais rejeter en le qualifiant de faux. Les chercheurs appellent ce phénomène le « dividende du menteur » : quand tout peut être fabriqué, n'importe quelle preuve gênante peut être contestée.

Face à cela, les cellules de vérification des médias, comme AFP Factuel ou les Décodeurs du Monde, utilisent elles aussi des outils d'IA pour repérer les manipulations. C'est une course permanente entre ceux qui fabriquent les faux et ceux qui les détectent.

Comment garder la tête froide face à l'info générée ?

Pas besoin d'être expert pour adopter quelques réflexes efficaces :

  • Remonter à la source. Si un assistant IA vous résume une actualité, cliquez sur les liens qu'il cite et vérifiez qu'ils disent bien la même chose.
  • Se méfier de l'émotion. Une image ou une citation choquante, sans média identifié derrière, doit vous rendre prudent.
  • Croiser les sources. Une information importante est reprise par plusieurs rédactions sérieuses en quelques heures. Si un seul compte en parle, attendez.
  • Examiner les détails. Sur les images générées, regardez les mains, les textes en arrière-plan, les reflets et les ombres, même si ces défauts sont de moins en moins visibles.
  • Lire les mentions. De plus en plus de médias indiquent quand l'IA a été utilisée. Une absence totale de transparence est déjà une information.

Et demain, à quoi ressemblera l'actualité ?

Il est probable que l'IA devienne aussi banale dans les rédactions que le correcteur orthographique. Elle transcrira, traduira et triera. La vraie question ne porte pas sur la place de la machine, mais sur ce que les médias feront du temps gagné : plus d'enquête et de terrain, ou simplement plus de contenus produits à moindre coût.

Pour le lecteur, l'enjeu est connu depuis longtemps, mais il devient plus pressant : savoir qui parle, sur quelles bases et avec quelle responsabilité. L'IA écrit vite et bien, mais elle ne se rend pas sur le terrain, ne protège pas ses sources et ne s'excuse pas quand elle se trompe. C'est pour cela qu'on a encore besoin de journalistes.

Questions fréquentes

Les médias utilisent-ils l'IA pour écrire leurs articles ?

Certains le font pour des formats très standardisés, comme les résultats financiers, sportifs ou électoraux. Associated Press le pratique depuis 2014. Pour les articles d'analyse ou d'enquête, l'IA sert surtout d'assistant (transcription, traduction, résumé). La plupart des chartes déontologiques imposent une relecture humaine.

Peut-on se fier à ChatGPT ou Gemini pour suivre l'actualité ?

Il faut rester prudent. Une étude de la BBC publiée en février 2025 a relevé des problèmes importants dans 51 % des réponses d'assistants IA sur l'actualité. Une étude coordonnée par l'UER à l'automne 2025 en signalait dans 45 % des cas. Il est conseillé de vérifier systématiquement les sources citées.

Combien de personnes s'informent via des chatbots ?

D'après le Digital News Report 2025 du Reuters Institute, 7 % des personnes interrogées utilisent un chatbot chaque semaine pour s'informer, et 15 % chez les moins de 25 ans.

Qu'impose l'AI Act européen en matière d'information ?

Entré en vigueur le 1er août 2024 et appliqué progressivement, il impose notamment de signaler les deepfakes et les textes générés par IA publiés pour informer le public, sauf si ces textes ont fait l'objet d'un contrôle éditorial humain.

Pourquoi le New York Times poursuit-il OpenAI ?

En décembre 2023, le journal a attaqué OpenAI et Microsoft en les accusant d'avoir utilisé des millions de ses articles pour entraîner leurs modèles, sans autorisation ni rémunération, en violation du droit d'auteur.

Qu'est-ce que la Charte de Paris sur l'IA et le journalisme ?

Publiée par Reporters sans frontières en novembre 2023 et élaborée sous la présidence de Maria Ressa, elle pose des principes éthiques : la décision éditoriale reste humaine, l'usage de l'IA doit être transparent et les médias doivent pouvoir distinguer clairement les contenus authentiques des contenus synthétiques.

À toi de jouer !

Écris ton histoire, l'IA la dessine en BD.

Créer ma BD →
L'IA dans l'actualité : ce qui change pour l'info — DeepComics